Des chercheurs critiquent le livre de Lagrange
Bonjour a toutes et a tous,
J'ai lu vos messages avec le plus grand interet et j'espere bien que ce debat va continuer. Le livre de Lagrange est tres critique par bien des personnes: de nombreux chercheurs (entre autres Pap Ndiaye, dont le pere est senegalais; le sociologue Eric Fassin et son frere, l'anthropologue Didier Fassin; le sociologue Laurent Mucchielli; l'historien Pascal Blanchard) et la romanciere franco-senegalaise Fatou Diome. A tous ceux qui auraient envie de decouvrir ces critiques, je recommande vivement surtout le dossier prepare par Mucchielli et intitule "Déni des cultures ou retour du vieux culturalisme ?" http://www.laurent-mucchielli.org/index.php?post/2010/10/05/D%C3%A9ni-des-cultures-ou-retour-d-un-culturalisme-d%C3%A9sueth[/URL], ainsi que le brillant article d'Eric Fassin sur le site Mediapart Polygamie : «Le Point» et la fabrication sociologico-médiatique d’une panique morale
Didier Fassin sur le livre de Hugues Lagrange
Citation:
Je ne crois pas qu’il y ait de déni des cultures ou des origines. Bien au contraire, dans les écoles, les services sociaux, les institutions qui ont affaire à ces adolescents et ces jeunes, qu’il s’agisse de la police, de la justice ou de la santé mentale, c’est plutôt un lieu commun que d’expliquer les comportements des immigrés et des minorités par la culture et l’origine, que ce soit d’ailleurs pour les stigmatiser ou à l’inverse les excuser. Le livre dont vous parlez ne fait qu’apporter une caution scientifique à ces théories ordinaires. On peut cependant faire remarquer que les mêmes raisonnements culturalistes et ethnicistes, voire racialistes, sont tenus à propos des Noirs et des Hispaniques aux États-Unis, des Pakistanais et des Afro-Caribéens en Grande-Bretagne, et plus largement des immigrés et des minorités cumulant des disparités économiques et des discriminations raciales : tous ces groupes partageraient-ils une culture ou une origine commune ? On peut aussi rappeler que les adolescents et les jeunes Français habitant les cités de banlieue, qu’ils soient d’origine africaine, maghrébine ou européenne, partagent souvent plus de valeurs et de normes entre eux qu’avec la génération de leurs parents : faut-il alors parler d’une culture du quartier ou d’une culture des origines ? En fait, le culturalisme, dès lors qu’il s’invite dans la politique, est toujours le moyen le plus efficace de blâmer les victimes et de rendre les cultures originelles responsables des effets des inégalités sociales.
Didier Fassin dans un entretien pour L'Humanite, 4 octobre, Didier Fassin «ÂDes frontières raciales et sociales sont à l’œuvre» | Humanite