Les forces de l'ordre ont essuyé des tirs près de Pointe-à-Pitre et la mairie de Sainte-Rose a été "mise à sac". Nicolas Sarkozy doit recevoir les élus d'Outre-Mer.

De son côté, François Fillon annonce une augmentation proche de 200 euros pour les bas salaires, ce qui constituait la principale revendications des grévistes



La nuit est une nouvelle fois tendue en Guadeloupe. Les accrochages se sont concentrés autour de Pointe-à-Pitre : un magasin a été incendié et dix personnes interpellées à proximité, selon la préfecture, qui a fait également état d'un véhicule incendié. Les forces de l'ordre ont aussi essuyé cinq tirs de fusil de chasse au Gosier, une commune côtière. Des echauffourées ont également éclaté à Sainte-Rose, où la mairie a été envahie par des "casseurs" et "mise à sac", selon la préfecture. "Les gendarmes sont en train d'intervenir. C'est une intervention difficile à mettre en oeuvre à cause d'une série de barrages" routiers. Un "pont aérien" a donc été mis en oeuvre avec des hélicoptères. De nombreux commerces ont également été pillés.

La ministre de l'Intérieur et de l'Outre-Mer Michèle Alliot-Marie a réagi aux incidents de la nuit en jurant que "les pillages, les violences contre les personnes, les exactions" ne seront pas "tolérés" aux Antilles. Elle a instauré une réunion quotidienne sur la sécurité aux Antilles. A l'issue de la première, a été annoncé l'envoi en Guadeloupe de "quatre escadrons de gendarmes mobiles", soit 280 militaires, alors qu'un millier de gendarmes et autant de policiers sont déjà sur place.

"L'éternel oublié de l'Outre-mer"

En toute fin de son allocution rendant compte du sommet social de l'Elysée, Nicolas Sarkozy a évoqué la situation mercredi soir, soulignant "l'angoisse" et "une certaine forme de désespérance de nos compatriotes des territoires d'Outre-mer". C'est la première fois qu'il s'adressait directement aux Français sur ce sujet depuis le 20 janvier, début des grèves en Guadeloupe. Le président doit recevoir jeudi les élus d'Outre-Mer, avant de s'exprimer sur RFO.
Jeudi matin, François Fillon a lui annoncé sur RTL que les médiateurs envoyés par l'Etat en Guadeloupe "ont mis sur place une proposition qui sera soumise au patronat et au collectif". Cette proposition "permet de s'approcher des objectifs financiers que réclame le collectif", c'est-à-dire une augmentation de 200 euros pour les bas salaires, "en utilisant de manière spécifique pour l'Outre-Mer le Revenu de solidarité active qui sera anticipé, qui sera calculé différemment et qui permettra de répondre à la revendication sur la vie chère aux Antilles", a-t-il précisé. François Fillon a cependant souligné que "la revendication d'augmentation de tous les salaires est incompatible avec l'autre revendication, qui est de lutter contre le chômage aux Antilles".

"On attise la violence"

Sur place, la polémique sur la mort d'un syndicaliste dans la nuit de mardi à mercredi reste vive. Elie Domota, le leader du LKP en Guadeloupe, a émis mercredi des "doutes" sur la "version officielle". "On nous dit qu'il a été tué par un tir non identifié et brusquement après, on nous dit qu'il a été tué par des jeunes. On demande à la justice de mener une enquête approfondie pour réellement définir ce qui s'est passé parce que les circonstances sont encore troubles", a-t-il ajouté. François Fillon a assuré jeudi que ce crime avait été "commis par des délinquants". "Les forces de l'ordre n'y sont pour rien. Ceux qui barrent les rues, attaquent les commerçants, sont responsables de la dégradation de la situation", a-t-il assuré. "A partir du moment où l'on barre les rues, où on sort du cadre légal, on attise la violence, on prend la responsabilité de la violence", a-t-il déclaré.
La CGT appelle à des rassemblements samedi dans toute la France pour soutenir l'ouverture de "négociations loyales et sérieuses" et exiger des "réponses concrètes immédiates" à la situation sociale en Guadeloupe et dans les autres départements d'Outre-Mer. Le mouvement justement, après avoir gagné la Martinique, a été enclenché en Guyane mercredi par une manifestation à Cayenne qui a rassemblé plusieurs centaines de personnes. Et Saint-Pierre et Miquelon devait créer à son tour mercredi soir son "collectif", refusant d'être "l'éternel oublié de l'Outre-mer".

Source:Guadeloupe : Dialogue à l'Elysée, saccages en série - France - LCI