Qui sont les «supporteurs» qui ont acclamé le leader libyen lors de sa venue à l'Unesco ? Résidents d'un foyer Sonacotra au Bourget (93), ils ont été «invités» par Kadhafi. Moyennant finances. Reportage.


Le Bourget, mercredi soir. Un grand bâtiment vétuste, en bordure de route, fourmille d'activité. C'est ici, dans ce foyer de type Sonacotra, que Libération a retrouvé certains des supporteurs de Kadhafi qui avaient été «invités» à faire la claque pour le leader libyen mardi à l'Unesco.

Ce jour-là, le deuxième de sa très controversée visite officielle en France, Kadhafi prononçait un discours sous les vivats d'une petite assemblée d'hommes et de femmes en boubou et costumes traditionnels africains.

Parmi les quelque photographes autorisés à immortaliser la scène, la rumeur s'était répandue qu'ils avaient été «recrutés» pour l'occasion dans un foyer Sonacotra en Seine-Saint-Denis. Et rémunérés pour leur «prestation».

Sur place au foyer du Bourget, ce mercredi à 19 heures. C'est l'heure de la prière, on déroule les tapis dans les couloirs déjà encombrés. Les résidents, pour beaucoup d'origine malienne ou sénégalaise, rentrent de leur journée de travail. Au rez-de-chaussée, des hommes et quelques femmes s'activent en cuisine.

Tous semblent avoir «ententu parler» de «ceux qui sont allés voir Kadhafi à l'Unesco», mais rechignent à en dire plus. Selon un jeune Sénégalais, de retour de son travail de commis de cuisine à l'hôtel George-V, et qui habite le foyer depuis cinq ans, une cinquantaine de personnes du foyer s'y seraient rendues.

Un homme d'origine malienne, d'une quarantaine d'années, semble avoir mené les opérations. Assis sur un des quatre lits de sa chambre-dortoir, il explique faire partie d'une association de promotion de la culture africaine, «les Griots».

«Les collaborateurs de Mouammar Kadhafi nous ont contactés pour nous inviter à venir le voir à l'Unesco. Bien sûr nous avons dit oui. Nous avons préparé les costumes, les tam-tam, tout ça, et mardi un bus de 56 places nous attendait porte de la Villette.» Gratuitement ? «Nous avons été rémunérés. Pas chacun personnellement, mais l'association.» Il refuse de dire combien.

«Nous avons été très heureux de pouvoir participer à cette manifestation», ajoute-t-il.

De fait, ces résidents du foyer semblent nourrir une vraie ferveur pour le «guide spirituel», comme aime à se faire appeler le colonel Kadhafi. «Mouammar el Kadhafi, c'est notre Président à tous, nous les Africains. Les Maliens, les Sénégalais, tous les autres... Un seul Président, et c'est lui.» Derrière lui, les autres occupants de la chambre acquiescent.

Il est 20 heures. Les adorateurs de Kadhafi se dispersent, qui vers une des cuisines communes, qui vers les salles d'eau. Dans la chambre du membre des «Griots», des portraits de Kadhafi, ramenés de l'expédition de mardi, sont appuyés contre les murs.

Cordélia Bonal
LIBERATION.FR : jeudi 13 décembre 2007



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