C'est quand même curieux que le président Déby qui était assez sévère contre les kidnappeurs d'enfants au moment des faits décide aujourd'hui qu'il pourrait les gracier.
Au même moment où les rebelles sont entrés à N'Diaména et que Paris décide de soutenir Déby, on peut se poser des questions s'il n'y a pas eu de marchandage.
Les six condamnés de l'Arche de Zoé pourrait être graciés
Le président tchadien, Idriss Déby, annonce qu'il pourrait envisager de gracier les six Français de l'Arche de Zoé qui purgent actuellement en France une peine de huit ans de prison pour tentative d'enlèvements d'enfants.
"Il n'est pas impossible si la France en fait la demande (...) Bien sûr, il n'est pas impossible que j'examine cette question", a-t-il dit.
En plein conflit avec des rebelles qui sont parvenus au cours du week-end près de son palais, Idriss Déby s'exprimait à l'issue d'une rencontre avec le ministre français de la Défense, Hervé Morin, qui a fait le déplacement à N'Djamena pour afficher le soutien de la France au président tchadien.
Arrêtés le 27 octobre dans l'est du Tchad alors qu'ils s'apprêtaient à emmener en France 103 enfants, les six de l'Arche de Zoé ont été condamnés en décembre à huit ans de travaux forcés par la cour criminelle de N'Djamena pour tentative d'enlèvements.
Ils ont été transférés en France le 28 décembre où leur peine a été convertie en huit ans de prison, conformément à un accord bilatéral. Ils sont actuellement incarcérés à la prison de Fresnes (Val-de-Marne), où ils purgent leur peine.
Interrogé à Paris par Reuters, un des avocats de la défense, Me Mario Stasi, s'est dit "prudent" après la déclaration du président tchadien, qui n'a pas exprimé son intention ultime, a-t-il remarqué.
Il a cependant réaffirmé son intention de solliciter N'Djamena et le président tchadien. "Je souhaite qu'il prononce cette grâce et je vais renouveler la demande qui lui a déjà été adressée en ce sens", a dit l'avocat.
Les condamnés n'ont comme seul espoir qu'une grâce du président tchadien, car Nicolas Sarkozy n'a pas de pouvoir sur l'affaire et la libération conditionnelle n'est possible qu'après plusieurs années de détention, environ à mi-peine, soit dans quatre ans.
La défense soutenait que la peine n'était pas valable car prononcée dans un État selon elle non démocratique et au terme d'une procédure qui n'aurait pas été équitable.
Des divisions sont apparues à l'audience de Créteil entre d'une part le président de L'Arche de Zoé, Eric Breteau, 37 ans, sa compagne Emilie Lelouch, 31 ans, et le logisticien de l'ONG Alain Péligat, 56 ans, qui soutiennent leur projet, et d'autre part l'autre logisticien Dominique Aubry, 50 ans et le médecin Philippe Van Winkelberg, 48 ans, l'infirmière Nadia Merimi, 31 ans, qui soulignent qu'ils n'avaient fait qu'apporter leurs compétences, ignorant tout du reste.
Les 103 enfants qui semblent, selon une étude de l'Onu, n'être ni orphelins ni soudanais, avaient été recueillis dans l'est du Tchad auprès de leurs parents, via des intermédiaires, après qu'il ait été proposé non une évacuation vers la France mais un séjour dans un centre au Tchad pour des soins médicaux et un enseignement.
Emilie Lelouch, Philippe Van Winkelberg et Alain Péligat sont mis en examen dans un dossier distinct ouvert à Paris pour "aide au séjour irrégulier de mineurs étrangers, escroqueries et exercice illégal de la profession d'intermédiaire en vue de l'adoption".
Alistair Thomson avec Thierry Lévêque à Paris, version française Henri-Pierre André