Au moment où les français viennent de porter à leur tête Nicolas Sarkozy, la Ligue internationale des journalistes pour l’Afrique (Lijaf) condamne la manière dont ont été traités les sujets relatifs au continent noir.
Par Valentin Mbougueng
La Ligue internationale des journalistes pour l’Afrique (Lijaf) dénonce fermement la caricaturisation de l’Afrique lors du débat télévisé du 2 mai 2007 organisé par la chaîne de télévision française TF1. L’Afrique a été, au cours de cette émission où débattaient les deux candidats en lice pour le second tour du scrutin présidentiel français du 6 mai, M. Nicolas Sarkozy et Mme Ségolène Royal, réduite au Darfour et à l’immigration clandestine.
Cette présentation caricaturale d’un continent en pleine émergence économique et politique, est totalement inacceptable, et moralement condamnable car, outre qu’elle contribue à perpétuer dans l’imaginaire collectif la fausse image d’un continent en conflit et dont la jeunesse évaluée par l’un des débatteurs à plus de 400 millions d’âmes menacerait la France d’invasion, est susceptible de participer à entretenir autour des communautés africaines établies en France un climat d’intolérance dont les conséquences peuvent être dramatiques.
Le peu d’espace accordé à l’Afrique, au cours de ce débat, traduit aussi, par ailleurs, le peu d’intérêt que représente l’Afrique pour le/ou la future Président _ de la France, si ce n’est le mépris pour un continent dans lequel des entreprises françaises réalisent leurs meilleurs retours sur investissements.
La Ligue s’étonne du silence des intellectuels africains sur cette défiguration de l’Afrique. Elle exhorte, par conséquent, les intellectuels africains, les médias du continent et les organisations de la société civile, ainsi que les gouvernements engagés dans la restauration de la dignité africaine, à protester contre la perpétuation des stéréotypes infantilisant l’Afrique.
Elle invite les Africains à se concentrer davantage sur les actions à mettre en œuvre, par eux-mêmes et leurs organisations régionales pour sortit du sous-développement, et à se désintéresser totalement des élections présidentielles françaises, étant donné qu’aucun des candidats ne brille, de surcroît, par sa détermination à faire entrer les relations entre la France et les pays d’Afrique, dans une nouvelle ère de partenariat et non plus d’assistance.
La Ligue met en garde contre tout espoir démesuré placé dans la personne du futur locataire de l’Elysée, car le débat du 2 mai a rappelé combien l’Afrique compte peu dans l’agenda politique français, et à quel point il urge, pour les Africains, notamment d’expression française qui se passionnent pour l’un ou l’autre candidat d’en tirer toutes les conséquences, en se détournant des débats franco-français pour se mobiliser davantage autour des vraies préoccupations africaines, au nombre desquelles l’exploitation éhontée des richesses du continent par des multinationales étrangères, les subventions agricoles européennes à l’agriculture qui condamne les paysans africains à la lutte pour la survie, et l’ignoble commerce des armes vendues par les fabricants et négociants européens qui alimentent la guerre au Darfour.
Source : MUTATIONS