Merci beaucoup Oumou pour ce texte. Je pense que chacun de nous devrait méditer sur la médisance et ses conséquences et également sur la calomnie.
Comme tu l'as souligné, la médisance est le fait de rapporter des propos qui vont à l'encontre d'une personne bien que ces propos soient vrais.
La calomnie quand à elle est le fait de rapporter des propos totalement faux ce qui est encore plus grave.
Je pense qu'à un moment ou à un autre, chacun de nous (sans doute même le plus pieux des musulmans) a été amené à médire ou à calomnier, volontairement ou involontairement. Rapporter à une personne qu'untel a volé par exemple (même si c'est prouvé) c'est de la médisance et selon l'Islam c'est un acte interdit tout comme la calomnie qui est, sauf erreur de ma part, encore plus sévèrement puni. Même nos parents médisent sans s'en rendre compte. Kati lémé di ké débéri, kati di ké ko ... Malheureusement pour nous ses actes sont tout à fait normaux.
Il y'a des personnes qui médisent ou qui calomnient volontairement dans le but de faire du mal mais je pense, en tout cas c'est mon avis, que la plupart des gens qui médisent ou qui calomnient le font sans réelle connaissance de cause et sans penser aux conséquences. Leur but n'étant pas de blesser la personne concernée mais simplement de faire part d'une information qu'ils auraient vu ou entendu. Mais quelle que soit cette information, avérée ou non elle peut porter préjudice à la personne visée. Dans le cas de la calomnie je pense que la première question à se poser est de savoir si cette information est vraie et qu'est ce qui nous permet de dire que c'est vrai. Est ce parce qu'on a des preuves ou alors est ce qu'on se fie uniquement aux dires d'une personne ? Et la question finale est de savoir si cette information mérite d'être révélé. Parce qu'après tout qu'est ce que ça rapporte de médire ou de calomnier ? Rien.
Il y'a un récit que j'ai lu il y'a quelques mois et qui m'avait touché parce qu'il concernait Aïcha, la femme du prophète qui avait été victime de calomnie.
Aicha (raa) raconte qu'elle accompagnait le Messager d'Allah au cours de l'expédition contre les Banous Al Moustallaq, elle dit :
"Une nuit, alors que le Prophète (saw) avait donné l'ordre de lever le camp, je m'éloignai pour faire mes besoins. En revenant, je portais la main à ma poitrine et remarquai que j'avais perdu mon collier (collier prêté par Asma -raa-). Je revins sur mes pas et mis longtemps à le chercher. Entre temps, les hommes qui étaient chargés de me porter emportèrent ma litière (palanquin) sur le dos de mon chameau, me croyant dedans. Cela se passait après la révélation du verset sur le voile. Je trouvais mon collier mais l'armée était déjà partie quand je rejoignis le camp, il n'y avait plus personne. Je restai là où j'étais, pensant qu'il remarquerait bientôt mon absence et me chercheraient.
Sawan qui était resté en arrière garde, vit ma silhouette et me reconnut tout de suite, m'ayant vu avant l'institution du voile. Je m'étais endormie, je m'éveillais alors qu'il disait "Nous sommes à Dieu et c'est vers Lui que nous retournerons". Je me couvris aussitôt de mon voile. Il fit baraquer sa chamelle que j'enfourchais aussitôt et il la tenait par la bride. Il était près de midi lorsque nous rejoignimes l'armée. Certains se damnèrent alors à cause de moi mais celui qui me calomnia le plus (avec ruse) fut Abdallah Ben Oubai Ben Saloul.
A Médine, Je tombais malade pendant un mois ne sachant rien des calomnies qui se disaient dans la ville. Le Messager (saw) ne me traitait pas avec l'amabilité à laquelle il m'avait habituée. Le Messager d'Allah (saw) demanda avis à ses compagnons sur la décision à prendre, il demanda à ma servante , Barira, son opinion. La servante lui assura qu'elle n'avait jamais doutée de moi....".
Le Prophète (saw) me déclara en présence de mes parents en ayant au préalable prononcé la chahada "Telle rumeur m'est parvenu te concernant, si tu es innocente, Dieu ne manquera pas de t'innocenter, si tu es coupable, repents toi et implore le pardon de Dieu. "Mes yeux étaient secs, tellement que j'avais pleuré de cette situation, et voyant que mes parents ne disaient rien je leur déclarais :"Je vois que vous aussi, croyez à ces rumeurs, si je revendique mon innocence, vous ne me croirez pas et si j'avoue mon péché et Dieu Seul sait que je suis innocente, vous me croiriez, je ne trouve pour nous tous que l'exemple de Jacob le père de Joseph qui affirme "C'est à Dieu qu'il faut demander secours contre ce que vous racontez" (verset 18/12), sur ce, je regagnais ma couchette.
Après plus d'un mois de souffrance et de calomnies mensongères, le Messager d'Allah reçut la révélation de Son Seigneur. Soulagé, il s'empressa de me communiquer la nouvelle en me disant "O Aîcha, Dieu t'as innocenté, va et répands la bonne nouvelle" Ma mère me dit "Remercie le Prophète (saw)". Je lui répondis "C'est Dieu Seul que je dois remercier car c'est Lui qui m'a innocenté par la révélation suivante :"Les Calomniateurs sont nombreux parmi vous, ne pensez pas que ce soit un mal pour vous, c'est au contraire un bien pour vous. Chacun d'eux est responsable du péché qu'il a commis. Celui qui s'est chargé de la plus lourde part subira un châtiment terrible". (verset 11/24).
L'un des proches de mon père qui vivait dans la misère, Mistah avait tenu des propos calomnieux à mon égard, mon père (Abou Bakr Siddiq -raa-) décida de ne plus l'aider matériellement. Dieu révéla par la suite ce verset "Ceux qui parmi vous, jouissent de Sa Faveur et de l'aisance ne négligent pas de donner à leurs proches. N'aimez vous pas que Dieu vous pardonne ? Dieu est Celui qui pardonne, Il est Miséricordieux" (verset 22/24). Mon père Abou Bakr ayant besoin du pardon de Dieu se mis de nouveau à entretenir Mistah."
Le prophète (saw) récita devant la foule les versets qui se rapporte à cet évènement puis il donna l'ordre de faire subir aux trois calomniateurs : Mistah, Hassan ben Thabet, Hamna Bent Jahch la peine prescrite à savoir quatre vingt coups de fouet.
Cette calomnie fit plus de mal au Prophète (saw) que toutes les épreuves qui l'avaient précédées car c'étaient des épreuves auxquelles il s'était attendu et résigné. Sa mission l'avait préparé à de telles épreuves mais celle ci le surprit, étant inhabituelle, différente des autres. Si cette rumeur eût été juste, elle l'aurait profondément blessé, lui qui plaçait son honneur et sa dignité avant tout. Elle le jeta dans un désarroi auquel il ne pouvait s'échapper, si la vérité lui avait été immédiatement révélée et la calomnie des hypocrites dévoilée, cela lui aurait épargné le doute qui le tenaillait.
Même moi qui écrit ces lignes, j'espère que ça me fera réfléchir parce que l'erreur est humaine et Dieu sait qu'il m'est déja arrivé de médire sans vouloir faire du mal et sans doute même de calomnier inconsciemment ou involontairement. L'un des pire ennemis de l'être humain c'est sans doute sa langue. On sait ce qu'on dit mais parfois on ne sait pas quelles seront les conséquences de quelques paroles. Que Dieu pardonne à ceux qui ont médie ou calomnié sans but de nuire à autrui et qu'Il nous éloigne de ce pêché qui ne peut que nous causer du tort.