La Ville de Bakel en 1880

L'attaque de la ville de Bakel par Mamadou Lamine Dramé est une page sombre de notre histoire, qui a traumatisé et surtout divisé le Gajaga. En effet, on admet généralement que les régnants se sont alliés aux Blancs et les marabouts s'y sont opposés ce qui expliquerait que plusieurs d'entre eux ont été inquiétés pour leur prise de position. En Afrique il existe une certaine attitude vis-à-vis de l'histoire qu'il faut changer. Il est temps de lever le voile sur les aspects généraux de notre histoire afin d'éclairer les générations actuelles. Les choses sont loin d'obéir à ce schéma simpliste, et la bataille de Bakel, si elle illustre l'alliance des N'Diaye avec les Français, ne révèle pas moins la position mitigée des premiers envers le marabout.

Par ailleurs, cette bataille ne démontre pas une volonté délibérée du marabout d'attaquer la ville, mais de s'en prendre à tout ceux qui ont donné l'ordre aux aristocrates locaux de l'empêcher de traverser des territoires que le colonialisme français tente de "pacifier " à son profit. L'attaque de Bakel est une attaque du système colonial d'abord, puis de ses alliés du Boundou réfugiés à Bakel sous la protection des Français. Plus généralement c'était un avertissement adressé à tous les alliés du système colonial et non à tous les Bakélois...

Le vieux Samané présente la situation des Bakélois comme une position de légitime défense, car les N'Diaye ne croyaient pas à une attaque de la part d'un marabout qui avait fait ses études coraniques à Bakel avec lequel ils voulaient nouer un dialogue pour savoir ses intentions réelles. La position des Français est sans équivoque, il s'agit d'empêcher les "tyrans locaux et les roitelets," comme on les qualifiait à l'époque, de troubler le nouvel ordre colonial.

L'attaque de Bakel, est une erreur stratégique commise par Mamadou Lamine, car après avoir vaincu le chef de village de Koussan dans le Boundou, il aurait pu faire l'économie de ce détour fatal et continuer son chemin vers l'ouest ; ce qui aurait considérablement renforcé son charisme et son autorité morale sur des populations islamisées.