Je suis sidéré. Voilà ce que Béthio Thioune dit à un grand journal de la place : «Quiconque me voit ira au paradis, C'est pourquoi mes talibés portent ma photo.»
À 24 h du 60e jour du rappel à Dieu du khalife des mourides, Serigne Saliou Mbacké, Béthio Thioune, le... «dieu» des Thiantacounes vit des moments difficiles à Touba, il s'est même retiré dans sa villa de Dianatoul Mahwa.![]()
II a le bagout d'une fanatique ouaille, mais il n'est pas un fantastique guide religieux. Béthio Thioune, le... «dieu» vivant des Thiantacounes et «icône incontesté » de Dianatoul Mahwa* (quartier de Touba fondé par le défunt guide des mourides, Serigne Saliou Mbacké : ndlr) rédempteur des âmes perdus. II dit : «Quiconque me voit ira au paradis éternel. C'est pourquoi mes talibés portent ma photo.» Thioune Mame Bambi ! Né à Keur Samba Laobé dans l'arrondissement de Malicounda (département de Mbour), Béthio serait élevé au rang de cheikh en 1987 par Serigne Saliou Mbacké. Sa rencontre avec le dernier des fils de Cheikh Ahmadou Bamba remonte au 17 avril 1946 et est fêtée tous les ans pendant trois jours à Tassète. II se rappelle cette date mémorable qui a bouleversé sa vie : «Je l'ai rencontré à l'âge de 8 ans à Tassète. Et depuis lors, nous ne nous sommes plus jamais quittés.»
Produit de l'Ecole nationale d'Administration de Dakar (Enam), Béthio Thioune est de la promotion Gabriel d'Arbousier. Sortie en 1976, il sera affecté à Kaolack. Mais, son passage comme haut fonctionnaire dans la capitale du Saloum n'a pas été sans problème. Le fils de Bambi Thiam aurait détourné de l'argent pour se payer une villa à Dakar. Selon une source, «administrateur de la commune de Kaolack, Béthio Thioune avait détourné des millions de francs pour construire un château qui a fini par être confisqué par l'Etat» Et d'ajouter : «À Ziguinchor, il a échappé à un lynchage. »
Administrateur de classe exceptionnelle, Béthio Thioune s'est lancé, après sa retraite, dans la massification du mouridisme. Seul, «porte étendard» de Serigne Saliou dont il se dit «l'unique talibé, le camarade de promotion de Ousmane Tanor Dieng va déposer ses baluchons à Guédiawaye (le fameux «croissement Béthio ») d'où il serait parti sous la pression des jeunes du quartier avant d'établir «son Qg qui porte le nom de Diouroul» à Mermoz. Selon une talibé très proche du Cheikh : «tout ce qui se dit sur lui, ce n'est pas vrai. Il n'a jamais été chassé. C'est lui-même qui avait décidé de changer de quartier. Ceux qui parlent de cela ne connaissent pas le marabout.»
Marié à quatre épouses, Béthio Thioune a convolé en cinquièmes noces le 10 novembre 2007 avec une de ses disciples, Maïmouna Sao surnommée «Aimée», membre du dahira de la Cité Fadia. Sa seconde épouse, Mame Aïssa Kane, député à l'Assemblée nationale, témoigne : «il partage tout avec moi, je suis riche parce que je l'ai, j'ai Serigne Saliou. C'est ça ma richesse, j'ai mes enfants, je suis vraiment heureuse avec lui, c'est cela la richesse. La richesse ce n'est pas seulement le bien matériel, les résidences, l'argent, les bijoux, non c'est autre chose.»
Se créditant de 6 millions de talibés, soit plus que le fichier électoral sénégalais, Béthio se présente comme l'artisan de la victoire du candidat Abdoulaye Wade à la présidentielle de février 2007. Mais aujourd'hui, les alliés semblent ne plus être sur la même longueur d'onde. La cause ? «Wade ne lui a toujours pas présenté ses condoléances depuis le décès de Serigne Saliou. Il est venu à Touba sans aller le voir à Dianatou Mahwa», confesse une proche de Béthio.
Mais, le guide des Thiantacounes n'a pas de démêlés qu'avec le président de la République. Il ne serait pas non plus en bon terme avec l'actuel khalife général des mourides, E: Hadji Bara Mbacké Falilou. « Un jour, les talibés de Béthio avaient, bloqué Serigne Bara devant la porte de la demeure de Serigne Saliou, parce que Béthio était dedans», explique un jeune marabout mbacké-mbacké. D'ailleurs, selon ce petit-fils de Serigne Touba, «El Hadji Bara Falilou l'avait menacé de mort si une telle chose se reproduisait.»
Aujourd'hui, «seul dans son bunker de Dianatoul Mahwa», le Cheikh «souffre de toutes les tracasseries » qui entachent sa réputation dans la ville sainte. Il a même rabroué des journalistes qui tentaient de l'interroger : «Je ne vous accorderai même pas une minute. Mettez-vous de l'autre côté.»
Béthio a en vraiment marre à bout.
Envoyés spéciaux : Oumy Diakhaté, Ousseynou Baldé et Mamadou Gomis
Source: Walf Gran Place , Xibar.net