Le pavillon René Caillé de Bakel Un refuge de sinistrés
Article Par HAROUNA FALL (ENVOYE SPECIAL),
Paru le Jeudi 8 Mar 2007
Bakel. 14 Février 2007. 18 heures 20 mn. Pavillon René Caillé. Un splendide fort édifié par le célèbre explorateur français. Construit en 1819 sur un éperon rocheux, il domine le fleuve. Ce bâtiment a une architecture coloniale. Une toiture en tuiles rouges. Des portes et fenêtres en fer, usées par le temps. L’édifice trône magistralement sur la colline. Et surplombe la ville de Bakel. Les couleurs flamboyantes du crépuscule qui tombe sont magnifiques.
Un vent frais arrose les lieux. Une odeur pestilentielle pique les narines. Elle se dégage des toilettes, situées dans l’arrière-cour. Un bruit de coup de pilons et de mortiers, renseigne le visiteur d’une présence humaine dans cet endroit, jadis inhabité. Nous avançons et tombons nez-à- nez sur un enfant nu qui nous tend innocemment la main. Dans la cour règne un désordre de ménages. Des bols sales par ci. Des mortiers par là. Là des moutons broutement à volonté de l’herbe. Une marmite dégageant l’odeur du «dérré » (plat local fait à base de feuilles de haricots qu’on mange avec du couscous) bouille dans un coin. Sous le regard gourmand d’une femme assise à côté du fourneau. Une vieille, la soixantaine, peau ridée, de petite taille, pieds nus, poussiéreux, portant un enfant au dos, nous accueille. Elle raconte les péripéties qui les ont conduites à se retrouver ici. « Mon nom est Fatou S. C’est nous qui sommes là maintenant.
Depuis trois ans, nous occupons le Pavillon René Caillé. Nous avons été victimes des inondations. Nos chambres sont tombées. Nous n’avions pas de quoi reconstruire une maison. Finalement nous sommes venus chercher refuge ici. Je suis là avec mes deux fils, leurs femmes et les enfants. L’un est tailleur. Tout ce qu’il gagne c’est pour bouillir la marmite. L’autre est un chauffeur. Il n’a pas de travail. Quant à moi, chaque matin, je vais à la brousse chercher des tiges de « tigguithié » que je traite pour le vendre après. Et aider mon fils. On nous a demandé de sortir. Mais on ne sait pas où aller. On n’a rien. On a demandé de l’aide en vain», lâche-t-elle. La conversation est interrompue par les cris d’un vieil …aveugle, qui est sorti d’une des chambres. Canne à la main. Il se met à parler en Bambara. Avec des « Eh Allah ! Eh Allah… ! ». Notre interlocutrice, trémolo à la voix, poursuit: « C’est mon frère. Il est venu du Mali pour se soigner. Mais il veut rentrer. Moi je n’ai rien. Il se lamente à longueur de journée. Que voulez vous?» Après avoir écouté religieusement la vieille qui visiblement est dans un état d’extrême nécessité, nous prenons congé d’elle. En lui laissant de quoi acheter de la cola. Et subitement, les traits de la vieille se détendent. Elle retrouve le sourire. Et l’espoir de sortir un jour de cette situation. Pour descendre de cette colline. De ce pavillon Réné Caillé. Et retourner sur terre.
Source : L'Observateur