La "faim" justifie les moyens.
POUR NOURRIR SA FAMILLE TENAILLÉE PAR LA FAIM Le cultivateur abat des gibiers au parc Niokolo Koba et se retrouve en prison
Article Par Pape Ousseynou DIALLO, L'Observateur.
Paru le Samedi 12 Avr 2008
La soixantaine bien sonnée, Oumar Kanté est un cultivateur originaire de Gabou dans le département de Bakel. Pour trouver de quoi subvenir à l’appétit de ses deux épouses et 14 enfants, il s’est déporté vers un endroit protégé où il a réussi à tuer quatre gibiers d’un poids total de 100 kg qu’il tentait de ramener à sa famille. Mais, mal lui en a pris, puisqu’il a été arrêté et envoyé à la citadelle du silence.
La crise qui sévit dans le monde rural gagne de plus en plus du terrain. Cette situation a fini de plonger certains paysans dans un calvaire qui a atteint son paroxysme dans certaines zones du département de Bakel.
A Gabou, localité située à quelques encablures dudit département, la détresse des populations à la suite d’un hivernage qui n’a pas été au rendez-vous est énorme. À cela s’ajoute la flambée des prix de produits de consommation courante. Et pour se sauver de cette faim ainsi que ses deux épouses et ses 14 enfants, Oumar Kanté, un cultivateur âgé d’une soixantaine d’années, a pris arme et bagages pour établir ses quartiers dans un endroit protégé qu’est le parc Niokolo Koba.
Sur place, il se livre à une série de chasses à bord de son vélo. C’est ainsi qu’il a réussi à tuer quatre gibiers dont le poids total de la chair est estimé à 100 kg qu’il tentait de transporter à bord de son vélo vers son village natal où sa famille l’attendait. Mais, c’était sans compter avec les agents du parc, en patrouille, qu’il a rencontrés sur son chemin. Interpellé, le cultivateur ne fait aucune résistance et s’exécute. Sur sa présence à l’intérieur de cet endroit protégé, l’arme et la chair de gibiers détenue, le cultivateur soutient mordicus être venu chercher de quoi nourrir sa famille qui meurt de faim au village de Gabou.
Loin d’être convaincus, les soldats de la nature, après audition sur procès-verbal, l’ont déféré au parquet avant de le placer sous mandat de dépôt à la citadelle du silence au grand malheur de sa famille qui attend d’être sauvé de la faim en attendant de voir l’aide de l’état qui tarde à arriver dans cette partie orientale. Sur les faits qui lui sont reprochés devant le juge du tribunal régional Mame Ndianco Ndiaye, le cultivateur réitère les mêmes déclarations servies dans les locaux de la direction du parc avant de demander la clémence afin de rejoindre sa famille qui meurt de faim au village.
Prenant son réquisitoire, le procureur Issa Ndiaye dira que le prévenu ne peut pas bénéficier de circonstances atténuantes compte tenu de l’arme de guerre qu’il détenait. Par conséquent, il requiert 6 mois ferme à son encontre. Chargé de la défense du prévenu de délit de chasse et de détention d’arme de 2e catégorie, Me Ciré Clédor Ly a plaidé la magnanimité à son client qui a ainsi agi pour sauver des vies. Le juge a mis l’affaire en délibéré jusqu'au mercredi 9 avril prochain.