On peut soigner les femmes victimes d’excisionAprès avoir sillonné le monde en tant que médecin humanitaire, le chirurgien urologue Pierre Foldès se consacre aujourd’hui pleinement à la lutte contre l’excision. Ayant mis au point une technique unique au monde, il reconstitue le clitoris des femmes victimes de ces terribles mutilations génitales. Il nous explique son combat.
Interview du Dr Pierre Foldès
Doctissimo : Pourquoi vous être intéressée aux femmes victimes d’excision ?
http://www.doctissimo.fr/html/sexual...rre-foldes.jpgDr Pierre Foldès : Principalement pour deux raisons. Premièrement, lors d’une mission humanitaire de l’Organisation mondiale de la santé au Burkina Faso, nous devions soigner les nombreuses complications de ces excisions : des problèmes d’incontinence, des complications obstétricales graves… Lors des consultations, des femmes m’ont demandé d’intervenir sur les douleurs liées aux cicatrices. Enfin, en tant que chirurgie urologue, j’avais pratiqué des techniques de réparation et d’allongement de la verge, qui me semblait capable d’aider ces femmes après quelques adaptations. De retour en France, j’ai adapté et mis au point cette technique.
Doctissimo : En quoi consiste cette technique chirurgicale unique au monde ?
Dr Pierre Foldès : Lors de l’excision, la partie externe du clitoris est enlevée, et non sa totalité qui fait une dizaine de centimètres de longueur. L’opération consiste à retirer la cicatrice (souvent à l’origine des douleurs), à aller chercher sa partie interne, à la repositionner dans un emplacement anatomiquement normal en libérant les ligaments qui la retiennent et à la ré-innerver. En tout, l’opération dure entre 45 minutes et une heure.
Doctissimo : Toutes les formes d’excision sont-elles opérables ?
Dr Pierre Foldès : Oui, toutes les formes d’excision sont opérables et permettent d’obtenir un bénéfice esthétique et sensoriel. Dans tous les cas, la chirurgie réparatrice permet de réparer l’excision et les lésions associées : de l’excision féminine (ablation du capuchon) à l’infibulation (résection de la hampe du clitoris, des petites lèvres et suture des grandes lèvres).
Doctissimo : Combien de femmes avez-vous opéré ? La demande est-elle croissante en France ?
Dr Pierre Foldès : J’ai aujourd’hui opéré à peu près 600 à 700 femmes, dont 500 en France avec les dernières techniques. Chaque mois, je reçois des dizaines de demandes. De nombreuses femmes de 18 à 50 ans avouent qu’elles l’auraient fait avant si elles avaient été informées plus tôt de cette technique. Il faut donc améliorer l’information pour toutes ces femmes. On estime qu’en France au moins 30 000 jeunes filles sont menacées d’excision. Cette technique est remboursée depuis 2004 en France.
Doctissimo : Combien de recul avez-vous par rapport à cette technique ?
Dr Pierre Foldès : Les premières opérations ont été effectuées, il y a 25 ans. Pour les dernières techniques opératoires effectuées en France, le recul est de plus de 5 ans. Après l’opération, les douleurs sont supprimées dans la presque totalité des cas. Sur le plan esthétique, la reconstruction d’un massif clitoridien permet d’obtenir une forme anatomique normale dans près de 8 cas sur 10. Dans le reste des cas, l’aspect est satisfaisant mais la peau peut recouvrir le capuchon reconstruit. Sur le plan de la sensibilité, on peut penser que 60 à 70 % des femmes éprouvent de nouvelles sensations au bout de quatre à six mois. Mais il est difficile d’avoir des données précises car d’une part, ces femmes n’ont pas de point de comparaison et d’autre part, ces mutilations génitales s’accompagnent d’autres facteurs qui peuvent handicaper la reconstitution de sensations clitoridiennes. Toutes les femmes opérées sont orientées vers un psychologue ou un sexologue qui saura les accompagner lors de cette ré-appropriation de leur intégrité physique.
La publication de résultats sur un grand nombre de femmes est en cours de publication. Ces études pourraient débloquer la situation et populariser plus généralement cette technique auprès du corps médical. Mais ce travail est titanesque et malgré toute ma volonté, les choses ne vont pas toujours aussi vite qu’on le s
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