Ah, quelle belle époque! Quelle nostalgie! Quelle insouciance infantile! Fodyé, tu as tout dit. Je vois que c'est le même système chez nous, sauf qu'à la place du sel, nous c'étaient le sucre et des dattes. Quand je pense à ce mercredi où j'ai pris le chemin de cette même école. Il est tard, je reviendrai sur le sujet.C'est très jeune que j'avais commencé l'apprentissage de la religion chez mon grand-père maternel El hadji Sikhou Tacko Diakhaté (paix à son âme). A cette époque, je n'avais pas encore l'âge d'entrer à l'école française.
Le 1er jour de l'école coranique est toujours un jour mémorable malgré le jeune âge. Les parents font du sadaqa (offrande), ils achètent du sel (qu'on appelle wolin sappe). Le maître fait dissoudre ce sel dans son encre et écrit quelque chose sur la tablette (walaxa) réservée à l'élève. L'élève prend ensuite la tablette et, avec la langue, lèche les écritures du maître. C'est tout un rituel sensé aider l'élève à bien mémoriser le coran.
Malgré que nous ne connaissions rien sur l'alphabet arabe, le mâitre (xaramoxo) ou ses adjoints écrivait une sourate ou quelques versets sur nos tablettes (walaxa) et nous demandait de répéter, après lui, chaque mot. La technique de mémorisation consistait à faire répéter l'élève des dizaines, voire des centaines de fois les versets coraniques jusqu'à ce qu'ils soient définitivement mémorisés par l'enfant. Gare à celui qui s'amusait à écorcher la prononciation des versets du saint coran.
Tôt le matin, avant le petit déjeûner, tous les élèves se rassemblaient dans la concession du maître pour réciter les versets de la veille. Pour ceux qui avaient compris leurs leçons, le maître conservait leurs tablettes pour écrire de nouveaux versets à apprendre. Pour les autres, ils emportaient leurs tablettes avec eux et le maître leur fixait un délai pour mémoriser le tout.
Après le petit-déjeûner, on partait aux champs. Personnellement, je raccompagnais mon grand-père. On rentrait généralement avant la prière du Salifana (Dhur).
Après la prière du laxasara (Asr), s'il n'ya plus d'encre , les élèves prennent les encriers et font le tour des maisons du quartier pour aller récupérer du Dawa (encre). On s'acharnait sur les marmittes, qui, avec la cuissson au feu de bois, avaient le dos norci. C'est cette substance qu'on récupérait grâce à un chiffon mouillé pour obtenir de l'encre. Concernant la plume, il y avait une plante spéciale qui servait pour ça, que le maître cueillait lui-même.
Le soir, entre la prière du Foutouro (Maghreb) et le Soxfo (Ichaa), on allumait le feu (xaranyinbe) dont le but était de nous éclairer nos tablettes et on révisait sous l'oreille attentive du maître ou de ses adjoints.
Au fil des ans, on commençait à bien maîtriser les versets du coran, à identifier les mots en arabe et même à les écrire. Mais, en ce qui me concerne, l'école française est venue bouleverser ce système. Après avoir passé 2 années à l'école française de Waoundé, sur décision de mon père, je partis pour Dakar pour y poursuivre mes études. A Dakar, j'étais inscrits à des cours d'arabe, mais, j'ai dû abandonné au bout de 2 ou 3 ans à cause de l'éloignement de mon domicile et l'école en question, me contentant des cours de mon grand-père pendant les grandes vacances scolaires.
Beaucoup de personnes de mon âge que je connais ont suivi pratiquement le même système jusqu'à l'arrivée de l'école franco-arabe à Waoundé. C'est là que le système du Xaranyinbe s'est essouflé, tout le monde préférant mettre son enfant à cette école franco-arabe.
Fodyé, ton grand-père a dû beaucoup te marquer dans la vie. Paix à son âme.