Violences conjugales : "Je me posais la question de ma culpabilité"
LEMONDE.FR | 25.02.10 | 20h38 •
Alors que l'Assemblée nationale examine, à partir du jeudi 25 février, une proposition de loi sur les violences faites aux femmes, les internautes du Monde.fr ont été nombreux à témoigner de leur quotidien fait de brimades, d'agressions physiques et morales, de menaces, d'humiliations, et de leur sentiment d'impuissance et de culpabilité. Avec, pour certains, la possibilité de s'en sortir en témoignant.
J'ai été victime de violences conjugales de la part d'un mari pathologiquement jaloux. Ces violences physiques étaient épisodiques, mais la violence psychologique a commencé bien avant, par un isolement de mes proches et une séquestration. Mon mari m'a aussi fait signer une reconnaissance de dettes sous menace et devant notaire, que je n'ai ensuite pas pu remettre en question, sous prétexte que j'avais été étudiante pendant les deux premières années de notre mariage et qu'il m'avait entretenue. Chaque fois que je réussissais un concours qui me faisait gagner en indépendance, la violence physique réapparaissait.
- Violences psychologiques, physiques et séquestration, par Marianne
L'angoisse des enfants m'a déterminée à déposer plainte après avoir fait constater les violences à l'hôpital. Aucune réaction des policiers, qui ont simplement enregistré ma plainte. J'ai profité d'une absence de mon mari pour m'évader avec les enfants et me réfugier chez mes parents qui m'ont toujours soutenue. Pendant trois mois, mon ex-mari a alors enchaîné mes meubles pour m'empêcher de les récupérer. J'ai finalement obtenu le divorce aux torts de mon mari cinq ans plus tard, après une enquête sociale qu'il a demandée contre moi et un appel devant le tribunal, de sa part, contre la première décision de divorce. Je n'ai reçu aucune aide de la police, malgré de constantes tentatives de m'agresser de sa part.
Je me suis retrouvée dans l'étau d'un mariage devenant chaque jour plus destructeur. J'ai d'abord été profondément fragilisée par de constantes contraintes puis d'incessants reproches. Ensuite, les menaces se sont faites chaque jour plus fortes, entre les cris, les dénigrements, les injures et les violences physiques, pas très apparentes. Il est difficile de décrire ce quotidien. C'est un cauchemar duquel l'on ne parvient pas à s'échapper, dépossédé de ses moyens. Devant les autres, le compagnon est très doux et sous-entend : "La pauvre, elle est fragile, elle invente des choses."
- Sauvée par des fractures et des ecchymoses, par Nathalie
Un exemple de ces pressions : à force d'entendre dire tous les matins que je ne savais pas conduire, j'ai eu huit accidents de voiture. En trente ans de permis, c'est la seule période où j'ai eu des accidents. Personne ne me croyait. Pis, je sentais des sous-entendus qui me rendaient coupable. Je voulais divorcer, mais il me menaçait. Puis il y a eu ce jour béni où il a failli me tuer. J'ai réussi à sortir dans la rue, avec fractures et ecchymoses. Enfin, un constat a pu être établi, et il a été obligé d'accepter le divorce. Je suis partie avec mon fils. Mais mon ancien mari a recommencé à être violent, avec mon fils pendant les visites. Malheureusement pour mon fils, il n'a jamais eu de marques sur le corps. Personne ne le croyait. Aujourd'hui, mon fils a l'âge de rejeter son père.
J'ai subi à la fois des violences psychologiques et physiques. Je me suis mariée jeune, eu des enfants très jeune aussi, deux à 20 ans. Mon père, qui aurait peut-être pu m'aider, est décédé lorsque j'avais 16 ans ; ma mère n'était plus elle-même et, lorsque je l'ai alertée sur les coups que je recevais, elle a fait promettre à mon conjoint de ne plus recommencer. C'est pourtant ce qu'il a fait. J'ai aussi alerté mon frère, qui m'a vue dans un sale état mais qui n'a rien fait. A l'époque, les gens n'intervenaient pas. Ensuite les coups ont continué, ainsi que les menaces contre moi et mes enfants et des harcèlements de toutes sortes. Il gardait un fusil chargé sous le lit. Finalement, il est décédé, et je me suis sentie libre pour la première fois de ma vie. J'avais 55 ans.
- Un fusil chargé sous le lit, par Claudine
Mon ex-mari, violent, avait su trouver le moyen d'attendrir son entourage. Très charmeur, il savait, par des attentions régulières, séduire nos proches. Ses violences se produisaient "sans témoin" si ce n'est les enfants. Mais il savait avec brio expliquer l'exagération de leurs propos. En le quittant, j'ai perdu tous mes amis. "On ne s'immisce pas dans ta vie de couple", me disaient-ils avant de me faire comprendre que j'exagérais un peu par souci de vengeance. Personne ne m'a crue, excepté ma famille et mes enfants. Il m'a donc fallu reprendre ma vie sociale en repartant de zéro. Ça a été difficile. Mais aujourd'hui, je ne regrette rien car je suis enfin libre.
- Mon mari savait charmer notre entourage, par Monique
Je n'ai jamais porté plainte, même pas une main courante. Sans doute par manque de courage, par crainte de devoir affronter cette réalité que je ne voulais pas voir. Notre divorce a duré six ans. Six années pendant lesquelles il a tenté, par avocats interposés, de continuer à m'humilier et à se faire passer pour une victime. C'est bien cela qui est terrible, car, durant notre vie commune, je me posais sans cesse la question de ma culpabilité. Je pensais que c'était moi qui était la cause de sa violence. Je culpabilisais, alors je ne disais rien.
Je dois l'avouer : j'avais décidé d'ignorer les signaux d'alarme quant au comportement sinistre de mon ancien compagnon. Enfant de bonne famille, bien élevé, très apprécié par ses amis, il semblait un garçon parfait. Quelques mois après le début de notre relation, nous avons déménagé en France. Me "voyant perdue" dans ce nouveau pays, il me critiquait de façon "constructive", disait-il, pour m'aider à réussir mon adaptation. J'ai beaucoup changé, appris le français, maigri de 9 kg (il me trouvait en surpoids), mais ses critiques constantes me faisaient sentir de moins en moins bien dans ma peau et de moins en moins moi-même.
- Je fermais les yeux et culpabilisais, par Hélène
Presque toutes nos sorties étaient décidées par lui et en compagnie de ses amis. Je ne pouvais pas faire autrement. Il faisait ce qu'il voulait quand il sortait seul, me trompait avec des gens de notre entourage et me mentait. Lors d'une discussion, il pouvait devenir très violent. Je fermais les yeux et culpabilisais par rapport à mon caractère un peu impulsif. Le jour où il m'a réellement annoncé voir quelqu'un d'autre, j'ai explosé. J'ai fini dans la rue, couverte de bleus et déprimée.
Malheureusement, la violence conjugale subie n'est pas réservée au sexe féminin. Je suis un homme, grand et sportif. Pourtant, durant de nombreuses années, de manière irrégulière, j'ai subi de la part mon ex-épouse violences verbales, humiliations, y compris devant les enfants, et coups. Je crois que ni les hommes ni les femmes ne peuvent s'attendre à ce que leur conjoint soit violent. Jamais je n'aurais pensé que celle qui partagerait mon existence m'aurait insulté, craché dessus, arraché des poignées de cheveux dans des moments terribles, ou fait craquer les vertèbres cervicales au risque de me blesser grièvement.
- Les hommes aussi peuvent être des victimes, par Alexandre
Face à ces agressions, la justice me semble bien impuissante. Seule la parole libère la victime, mais les réparations de ces actes ne sont pas à la hauteur des préjudices subis. J'ai réussi à rompre. J'ai donc connu l'éloignement des enfants, facilement manipulables et instrumentalisés par la mère. Mais ils ne voient plus leur père être maltraité, humilié, frappé. Même si cela m'a coûté, c'est terminé.