
Soutenir une thèse à l'Université Paris I- Panthéon Sorbonne n'est jamais un cadeau, mais un mérite, tant la rigueur et le prestige de ce Temple du savoir n'ont d'égal que sa renommée. Mais y réécrire magnifiquement et scientifiquement toute 'histoire contemporaine de sa propre société et lever le voile sur ses nombreux mystères et zones d'ombre en restant objectif, au point de mériter une soutenance à une date aussi importante est un honneur et même une première académique pour un Mauritanien et même pour n Africain. Le plus agréable encore, c'est que le thème porte sur les Soninkés du Fouta Toro, objet, jusque là, de peu de recherches historiques. En effet, Cheikhna Mohamed Wagué, vient de nous nourrir agréablement, en reconstituant avec un brio connu de lui, l'itinéraire d'un peuple encore peu ou méconnu, " mobile, voyageur et insinuant ", pour reprendre les termes de Maurice Delafosse : les Soninkés du Fouta Toro. Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ? Comment ont-ils vécu leur situation de minorité dans une majorité halpoular, et résisté aux transformations sociétales, économiques et politiques qui ont émaillé leur histoire ? Quels sont les rapports symbiotiques ou conflictuels qu'ont-ils entretenus avec les autres communautés sociolinguistiques ? À toutes ces interrogations, historiens, sociologues, politiciens et penseurs ont tenté de répondre à leur manière, en s'appuyant sur quelques documentations et des témoignages fragiles et fragmentaires. Mais Cheikhna Mohamed Wagué, lui, est sorti des sentiers battus, en allant au-delà des questionnements et interrogations ordinaires. Il est allé fouiller dans les archives secrètes. Il a aussi analysé les objets archéologiques, articles d'artisanats, liens généalogiques et interrogé les sages des villages soninkés pour recueillir les informations les plus intimement inédites ou considérées parfois même comme interdites. "Les communautés soninkées du Fouta Toro (Mauritanie, Sénégal) depuis la fin du XVIIIe siècle. Peuplements, migrations et stratégies identitaires ", tel est l'intitulé de cette brillante thèse qui a nécessité donc un travail éléphantesque de terrain.